Les principales mines de diamants se situes en Australie, en Russie, en République Dominicaine du Congo et au Botswana. Ces quatre pays représentent 73% de la production mondiale du diamant. L’extraction du diamant se compose en trois étapes, l’élimination des éléments stériles (terre et pierre qui couvrent le sable diamantifère), l’extraction et le lavage.

Une production à l’échelle mondiale

Le diamant est l’une des pierres précieuses parmi les plus rares et les plus chères au monde. Pour l’année 2005 il a par exemple été extrait des carrières et des mines près de 173,5 millions de carats avec 4 principaux producteurs qui sont la Russie, le Botswana, l’Australie ainsi que la République Démocratique du Congo. Ces 4 pays produisent à eux seuls environ 75 % de ce qui est extrait à l’échelle mondiale. Pour l’année 2005 le pays qui est le premier producteur au monde n’est autre que la Russie. Avec son immense territoire le pays dispose de ressources importantes et il produit en moyenne entre 30 et 40 millions de carats annuellement soit 30 % de la production mondiales. Juste derrière lui il y a le Botswana. Bien que plus petit ce pays africain dispose lui aussi de ressource énormes avec des productions annuelles qui tournent entre 30 et 35 millions de carat soit 15 à 20 % de la production mondiale. A eux seuls ces 2 pays produisent près de 50 % du diamant qui est exploité à l’échelle planétaire ce qui en fait des régions stratégiques.

L’Australie ainsi que la République démocratique du Congo produisent environ la même quantité de diamant par an soit 15 à 20 millions de carats ce qui représente 15 % de la production mondiale. D’autres pays viennent compléter cette liste qui ne bouge que très peu au fil des ans ; ainsi on retrouve parmi les géants du diamant l’Afrique du sud, le Canada, l’Angola, la Namibie ou bien encore la Chine.

L’exploitation minière

Le Brésil

Alors que les gisements indiens s’épuisent, les Portugais découvrent en 1725 des paillettes d’or et des diamants en filtrant les limons des rivières du Brésil. La ville de Diamantina, dans l’État actuel du Minas Gerais, se développe sous le contrôle de la couronne portugaise qui régente plus de dix centres d’extraction et emploie plus de 3 000 esclaves. Le Brésil est alors le premier producteur de diamant, mais, l’extraction n’exploitant que de maigres gisements alluvionnaires, les diamants restent des produits rares et par conséquent chers, dont le commerce est concentré entre les mains de quelques banquiers regroupés à Anvers, Amsterdam et Londres.

L’Afrique du Sud

Eurêka

En 1866, des enfants de la colonie boer d’Afrique du Sud qui jouaient aux billes avec des graviers sur les bords de la rivière Orange découvrent un gros caillou jaune, brillant, de 4 grammes, qui passant de mains en mains finira par être authentifié comme un diamant de type Brownish Yellow, baptisé l’Eurêka. Mais on est encore loin de soupçonner le potentiel minier de la région, et le savant géologue James R. Gregory consulté par un diamantaire de Londres, affirme que : « Les caractères géologiques de cette partie du pays rendent impossible que quoi que ce soit ait pu y être découvert. » La suite est éloquente et les Britanniques, avec leur humour bien connu, feront passer le nom de Gregory à la postérité en surnommant gregories les milliers de mineurs qui vont se ruer sur les sites découverts un à un.

Dans la roche-mère

Trois ans plus tard, la découverte d’un autre diamant quatre fois plus gros (l’Étoile du Sud, aujourd’hui à Bombay) trouble les esprits et les premiers chercheurs envahissent la région lorsque l’on découvre à nouveau un diamant, dans la roche-mère cette fois, à Jagersfontein, puis à Bultfontein, et enfin en 1871 sur les terres de la famille De Beer, qui, effrayée, s’empresse de vendre sa ferme à des investisseurs britanniques du Cap.

Kimberley

Un troisième site est mis à jour à 3 km des précédents, sur la colline de Colesberg Kopje. Des milliers de mineurs affluent pour creuser des trous de 31 pieds de large (9,45 m). Dans les premières années seulement chacun n’a encore droit qu’à deux concessions maximum. Dans la fièvre, on se méfie du voisin, on creuse des trous de plus en plus profonds, on tamise, on filtre, on déblaie. En 1871, la population des mineurs, marchands et auxiliaires divers s’élève à environ 50 000. Ils ignorent encore qu’ils sont dans le cratère d’un volcan. Sur la colline d’où le minerai est extrait, s’élève une nouvelle ville, baptisée « Kimberley » en 1873, qui doit son nom au ministre des colonies de la Couronne britannique, Lord Kimberley. (En 1913, le « grand trou » de Kimberley atteindra 1 100 m de profondeur…).

De Beers : naissance d’un empire capitaliste et colonial

La mise au jour en Afrique du Sud de mines qui semblent inépuisables change complètement la donne. Le monde du diamant explose : la précieuse gemme n’est plus un produit rare. Les prix vont-ils s’effondrer ? C’est ce qui aurait pu arriver sans le génie commercial d’un colonisateur britannique, Cécil Rhodes.

Cecil Rhodes

Fils de pasteur anglais, Cecil John Rhodes vient à l’âge de dix-sept ans rejoindre son frère Herbert qui a une plantation de coton, en Afrique du Sud, dans la province du Cap, où la découverte des premiers gisements de diamants est en passe de bouleverser le pays. très vite, les frères rachètent des petites concessions sur les terres de la famille De Beer, et Cécil fait ses premiers pas d’homme d’affaires en vendant des équipements et de l’eau pour les mineurs, plutôt qu’en prospectant. Pour vidanger l’eau qui stagne au fond des mines et freine l’avancée des fouilles, il déniche une pompe à vapeur, la seule de toute la colonie, et offre ses services en contrepartie de diamants et de parts de concessions.

Une Afrique britannique « du Caire au Cap »

Rhodes ayant une certaine idée de la « supériorité » de la race blanche et en particulier des Britanniques, il se fait un devoir quasi religieux de renforcer la colonisation en Afrique du Sud et ne doute pas d’être un bienfaiteur de l’humanité. Après s’être illustré dans la lutte contre les Boers, il se fait élire député de la ville de Kimberley en 1881, puis bientôt devient premier ministre de la colonie du Cap (1890-1896). La reine d’Angleterre lui accordera une « charte » pour la British South Africa Company qu’il a créée pour contrôler les royaumes du Zambèze, auxquels on donna en 1894 le nom de Rhodésie (actuel Zimbabwe). Il ne réalisa pas complètement son rêve d’une Afrique britannique unie par un chemin de fer reliant « le Caire au Cap ».

Rhodes crée le monopole De Beers

Rhodes n’avait de cesse de réinvestir et la société De Beers qu’il avait entièrement sous sa coupe possédait dès 1885 presque toutes les mines de diamants de la région de Kimberley. Les banques de Londres, Rothschild, Neumann, Feldheimer, Mosenthals, etc., étroitement associées aux diamantaires d’Anvers, soutiennent ses acquisitions. Soucieuses de maintenir élevé le prix du diamant malgré la forte croissance de la production, tous s’entendent dès 1890 en une structure informelle que l’on a appelé le « Syndicat de Londres ». Cécil Rhodes qui a neutralisé son unique rival, Barney Barnato, en fusionnant leurs deux groupes, et qui parallèlement investit dans l’or, le pétrole et les domaines viticoles, détient vers 1895 plus des 9/10e de la production mondiale de diamant.

Une organisation et une stratégie infaillibles

Au prix de force rivalités et conflits, fusions et rachats, en quelques années, la société De Beers, qu’il avait fondée en 1880, se hausse au niveau d’un cartel mondial basé sur le quasi monopole de la fourniture de diamants non seulement aux courtiers mais également aux ateliers de taille du diamant du monde entier.

« So much to do, so little time… »

À sa mort, en 1902, le magnat du diamant n’avait pas fait mentir sa devise : « So much to do, so little time… » (« Tant de choses à faire et si peu de temps… »). Sans héritier, il léguait presque tous ses biens à une fondation chargée de dispenser les « bourses Rhodes » qui encore aujourd’hui permettent aux jeunes gens les plus brillants venant d’Allemagne, du Commonwealth ou des États-Unis d’étudier à l’université d’Oxford.

Oppenheimer nouvel empereur du diamant

À la mort de Cécil Rhodes, la De Beers poursuit son chemin jusqu’à ce que son sort se confonce avec celui d’Ernest Oppenheimer, un Allemand lié à l’une des banques du fameux « Syndicat » de Londres, la Dunkelsbühler. Détenant une partie du capital de la De Beers, il réussit peu à peu à en prendre le contrôle et maintiendra, en l’amplifiant même, son caractère monopolistique.

L’or et les diamants du Transvaal

Oppenheimer passe lui aussi par la ville de Kimberley et obtient en quelques années la nationalité britannique, avant d’être élu maire de la ville du diamant, en 1912. Ses conceptions politiques sont très proches de celles de Cécil Rhodes et comme lui il pense que le maintien du prix élevé du diamant passe par l’organisation de la rareté, et même parfois par la réduction de la production. Ernest Oppenheimer s’intéresse à la découverte des nouveaux gisements miniers de diamant et d’or du Transvaal, territoire du nord-est de l’Afrique du Sud, intégré à l’Union sud-africaine en 1910. À la faveur de la guerre de 1914-1918, Oppenheimer s’installe à Johannesburg. Par ailleurs il réussit aussi à prendre le contrôle des gisements de diamants de Namibie, au « Sperrgebiet », le « territoire interdit » situé sur la côte ouest de l’Afrique du Sud, au nord de la rivière Orange. En 1917, il fonde le groupe minier sud-africain Anglo American Company of South Africa, qui n’a d’anglais que le nom et une partie du capital.

L’indispensable monopole de la matière première

En 1919, lorsque les colonies allemandes d’Afrique du Sud sont confisquées, Oppenheimer crée la Consolidated Diamond Mines (CDM). Contrôlant également la production de l’Angola et du Congo, sa puissance rivalise avec celle de De Beers qui ne détient plus que 40 % de la production mondiale du diamant. À force de rachats, Oppenheimer, qui a capté la majorité des parts du capital de la De Beers dès 1927, peut être porté à sa tête en 1929. La méthode de construction du monopole passe par la prospection, la captation et le rachat des gisements miniers et va jusqu’à tenir secrète la découverte de nouveaux gisements, voire fermer des mines, afin de réduire la production du diamant qui doit impérativement rester rare pour être cher.

La De Beers maîtrise les prix et les stocks

Dès lors, il fait non seulement de la De Beers le premier exploitant mondial de diamant, mais réussit à contrôler tout le marché, en s’appuyant, comme Cécil Rhodes en son temps, sur les places de Londres et d’Anvers. Sous son impulsion, la Diamond Corporation ltd. (Dicorp) est créée en 1930, qui devient en 1934 la Diamond Trading Company (DTC). Avec l’appui d’une centrale collective de vente chargée d’acheter, de trier, de stocker et de vendre la production mondiale en vue de son écoulement rationnel sur le marché international, le fameux Central Selling Organisation (CSO), la De Beers d’Oppenheimer contrôle strictement les licences de commercialisation qu’elle attribue à environ 200 titulaires dans le monde, qu’elle fait venir régulièrement à Londres, au siège de la maison-mère. Elle obtient des informations sur chaque diamantaire, scelle des contrats de confiance avec les acheteurs principaux qu’elle contrôle grâce à un système très organisé. Enfin, elle centralise les informations, régule les stocks et l’approvisionnement du marché, et maîtrise les prix (tour à tour à la hausse, en jouant sur la rareté du diamant devenu donc plus précieux, ou à la baisse, en ouvrant largement les stocks en cas de forte demande).

A diamond is for ever

De si petits objets et d’un tel prix offrent évidemment prise à la contrebande et au vol de toute sorte. Il était donc indispensable d’investir aussi dans la sécurité, et c’est chose faite lorsque De Beers crée sa propre société de sécurité, l’IDSO et la confie au patron du renseignement britannique, Percy Sillitoe. Enquêtant sur le sujet pour le Sunday Times, Ian Fleming en tirera un roman qui, adapté au cinéma, donnera l’un des meilleurs épisodes de James Bond : The Diamond Smugglers. Le titre en français, Les diamants sont éternels, était une reprise du slogan publicitaire lancé par le fils d’Ernest Oppenheimer, Harry, et l’agence américaine Ayer : « A diamond is for ever ». En s’adressant ainsi aux acheteurs potentiels, la firme De Beers démontrait qu’elle tirait le meilleur parti de concepts comme celui de « consommation ostentatoire » élaboré par l’économiste et sociologue Thorstein Veblen dont le livre fondateur, La théorie de la classe de loisir (1899), inspirait les courants intellectuels américains et européens.
En 1930 la production mondiale de diamants atteint 2,3 millions de carats et en 1933 elle est tombée à 14 000… Cependant les stocks s’accroissent et en 1937 remontent à 40 millions de carats. Sous l’impulsion d’Harry Oppenheimer, qui dirige la firme jusqu’en 1984, la De Beers s’adaptera à la nouvelle demande de l’industrie.